1940 : l’Aisne au cœur de la Bataille de France

En ce 15  mai 1940, la 6e Panzer Division atteint l’Aisne après avoir percé les défenses françaises dans les Ardennes. À 16  heures, les soldats allemands sont à Rozoy-sur-Serre ; à 17  heures, à Montcornet. Ce sont les premiers jours de la Bataille de France, dont la défaite débouchera sur l’Occupation. À l’occasion des commémorations prévues pour ses 80 ans, revivez le déroulement des combats dans l’Aisne.

1940. En Europe, la guerre fait rage depuis quelques mois. L’avancée allemande semble inexorable. Après la Pologne, les troupes allemandes poursuivent leur offensive et envahissent les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France : l’Aisne se retrouve alors en première ligne.

À Montcornet, le colonel Charles de Gaulle organise une reconnaissance offensive le 17 mai 1940 et déploie ses chars pour tenter de stopper l’invasion des blindés allemands. Du 10 mai au 13 juin, les combats seront d’une rare violence : ce sont plus de 5 000 soldats français qui tombent pour la défense de notre département… Sur le plan stratégique, la Bataille de Montcornet n’est ni une victoire ni une défaite. Toutefois, au regard de la débâcle générale, c’est une victoire psychologique : les soldats français peuvent résister, ce qui aura un impact décisif sur les décisions et la conduite de Charles de Gaulle. Parti pour Londres, il rejette l’armistice demandé par le gouvernement Pétain et lance son célèbre appel à la résistance, le 18 juin 1940.

D’une guerre à l’autre

La signature du Traité de Versailles, à la fin de la Première Guerre mondiale, obligea l’Allemagne à assumer la responsabilité pleine et entière du conflit. Humiliés par les conditions imposées, les Allemands vécurent également une importante crise économique. Tous ces éléments alimentèrent un profond ressentiment qui mena, en 1933, à l’accession au pouvoir d’Hitler. Alimentant le sentiment nationaliste, celui-ci remilitarisa la Rhénanie en 1936, puis annexa l’Autriche en 1938. En septembre 1939, l’armée du Troisième Reich envahit la Pologne, déclenchant la Deuxième Guerre mondiale.

Choc et vitesse :
le Blitzkrieg allemand

Le 10  mai 1940, l’Allemagne lance une offensive en direction des Pays-Bas, du Luxembourg et de la Belgique. Rapidement, les troupes traversent le massif des Ardennes. Elles utilisent la stratégie que l’on appellera plus tard Blitzkrieg, littéralement « la guerre éclair ». Alors que depuis cinq jours les attaques aériennes se multiplient sur le territoire axonais, le 15  mai 1940, les chars de la 6e Panzer Division quittent les Ardennes en direction de l’Aisne. Ils atteignent Rozoy-sur-Serre et Montcornet dans la journée, suivis par la 1re et la 2e Panzer Division. Dans la soirée, la 8e Panzer Division atteint Brunehamel. Au soir du 16  mai, Marle, Dizy-le-Gros et Hirson sont tombés. Les Allemands se tiennent désormais aux portes de Laon et de Saint-Quentin.

▲ Charrette d’un convoi de populations évacuées dans une rue de Soissons. © Arch. dép. de l’Aisne, 2 Fi 362,

Débâcle militaire
et exode civil

À la vue des réfugiés belges en fuite et du recul des troupes françaises, les habitants sont gagnés par la panique. Le début de l’Exode voit les Axonais partir vers la Mayenne, désigné comme département d’accueil. Le 18  mai, l’Aisne redevient, de fait, la « zone des armées » et la population civile doit évacuer au plus vite. Quatre jours plus tard, la Préfecture de Mayenne annonce que plus de 150 000 réfugiés ont déjà été accueillis.

Les troupes allemandes continuent leur progression et atteignent Saint-Michel, La Capelle et Mondrepuis le 17  mai. Vaincus, les Français ne peuvent plus empêcher les Allemands de gagner la Somme et l’Oise. Le 18  mai, Saint-Quentin tombe sans pouvoir être défendu. Le  20  mai, c’est au tour de Wassigny, après deux jours de résistance.

 

Tenir la ligne Weygand

Rappelé par le gouvernement à la tête de l’armée française, le général Weygand adopte une nouvelle stratégie de défense. Il choisit de s’appuyer sur les obstacles naturels formés par la Somme, l’Aisne et les canaux de Crozat et de l’Ailette pour tenter de tenir le front. Malheureusement, il reste trop peu d’unités pour défendre cette ligne Weygand, longue d’environ 600 kilomètres. Entre le 18  mai et le 6  juin, de nombreux combats ont lieu à Tergnier, Pinon, Pont-Saint-Mard… À un contre trois, les soldats français résistent avec vigueur et ralentissent l’avancée allemande, sans parvenir à l’arrêter. Du 5 au 7  juin, le Chemin des Dames redevient le théâtre d’affrontements militaires. Du 8 au 10  juin, les combats se portent sur les plateaux du Soissonnais et du Tardenois. Le 13  juin, l’Aisne est totalement envahi. Le lendemain, les Allemands sont à Paris.

▲ Gare de Montcornet bombardée le 15 mai 1940. © Arch. dép. de l’Aisne, 2 Fi 43
▲ Les Allemands dans Rozoy-sur-Serre, mai 1940. © Arch. dép. de l’Aisne, 2 Fi 9

batailles décisives

Bataille de Montcornet, 17 mai 1940

Le 17  mai 1940, les troupes de la Wehrmacht affrontent l’Armée française à une vingtaine de kilomètres de Laon. Des éléments du 19e corps d’armée motorisé allemand, commandés par Heinz Guderian, surnommé « Heinz le Rapide » tiennent les points de passage sur la Serre et l’Hurtaut. Face à eux, le colonel de Gaulle lance une reconnaissance offensive. Toutefois, il doit composer avec des unités disparates et un cruel manque de moyens matériels. La défense allemande est inflexible, la 4e Division Cuirassée y perd 23 chars sur 85. La Bataille de Montcornet est malgré tout citée encore aujourd’hui comme l’une des rares actions offensives françaises menée durant la Bataille de France.

Bataille de l’Ailette, du 18 mai au 6 juin 1940

Afin de contenir l’avancée des Allemands, la 6e Armée du général Touchon, et la 7e Armée du général Frère prennent place le long de l’Aisne, de l’Ailette et du canal Crozat. Des attaques locales ont lieu fin mai, mais la véritable offensive débute le 5  juin. Les troupes allemandes parviennent à franchir la ligne Weygand à différents endroits, mais, au soir, leur avancée reste limitée. Le 6  juin, les combats reprennent, et Soissons tombe dans les jours qui suivent.

Bataille de l’Aisne, du 8 au 13 juin

Toujours aux abords de l’Aisne, les combats se poursuivent au sud de la rivière. Les unités françaises se voient débordées à Saconin-et-Breuil, Missy-aux-Bois, Acy et Serches. Après le repli sur l’Ourcq, les combats reprennent dans la région de Villers-Cotterêts et de Fère-en-Tardenois. À nouveau défaits, les soldats français se replient cette fois vers la Marne. Leur ligne cède le 11  juin et, deux jours plus tard, le département de l’Aisne est totalement envahi.

▲ Groupe d’officiers allemands posant devant le char B1 bis n° 484 « Lyautey » du 46e bataillon de chars de combats (BCC), abandonné suite à une panne d’essence à Bucy-lès-Pierrepont le 17 mai 1940. © Arch. dép. de l’Aisne, 2 Fi 1
▲ Militaires allemands traversant l’Aisne sur une passerelle provisoire à Soissons, 22 septembre 1940. © Arch. dép. de l’Aisne, 2 Fi 356

Une défaite lourde de conséquences

En termes de bilan humain, la Bataille de France compte de nombreuses victimes. Parmi les soldats, plus de 5 000 sont tombés dans l’Aisne. La population civile fut également durement touchée et plusieurs dizaines de milliers d’Axonais partirent sur les routes de l’exode.

 

Persuadés d’avoir l’une des meilleures armées au monde, les Français furent vaincus en l’espace de quelques semaines. Le 17  juin, le maréchal Pétain fait diffuser un message radio depuis Bordeaux dans lequel il annonce : « […] c’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. »

Le 22  juin, un armistice est signé entre le gouvernement de Pétain et le Troisième Reich. Il prévoit notamment la neutralisation des forces armées françaises et le paiement de compensations financières à l’Allemagne. Le sort des prisonniers y figure également. Enfin, il fixe les conditions d’occupation de la France, la divisant en deux zones, l’une, occupée, et l’autre, libre.

“ […] c’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat”

Charles de Gaulle, de la bataille de l’Aisne à l’appel du 18 juin

 

Le 15  mai 1940, ayant le reçu le commandement de la 4e division cuirassée, le colonel de Gaulle arrive dans l’Aisne, à Bruyères-et-Montbérault. Il y reçoit l’ordre de mener une mission de reconnaissance dans la direction de Montcornet. Le 16  mai, il fait placer des barrages défensifs  visant à retarder l’avancée allemande dans la forêt de Samoussy, à Saint-Erme et à Neufchâtel. Se remémorant le flot des réfugiés jetés sur les routes, De Gaulle écrira  :

« Alors, au spectacle de ce peuple éperdu et de cette déroute militaire, au récit de cette insolence méprisante de l’adversaire, je me sens soulevé d’une fureur sans bornes. […] Si je vis, je me battrai, où il faudra, tant qu’il faudra, jusqu’à ce que l’ennemi soit défait et lavée la tache nationale. Ce que j’ai pu faire par la suite, c’est ce jour-là que je l’ai résolu. »

“Ce que j’ai pu faire par la suite, c’est ce jour-là que je l’ai résolu.”

Déterminé, avec seulement 85 chars, il lance le lendemain une reconnaissance offensive sur Montcornet. Si cette bataille est un échec tactique, elle redonne confiance aux troupes et forge la résolution du colonel de Gaulle.

Refusant l’armistice de Pétain, de Gaulle gagnera Londres, d’où il lancera son célèbre appel du 18  juin, appelant les Français à résister à l’ennemi : « […] Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. »

Gwennaëlle Massart ■

Article réalisé en partenariat avec le Conseil Départemental de l’Aisne.
Merci à Vincent Dupont pour ses renseignements précieux.

Un nouveau cycle mémoriel pour 2020-2025

À l’occasion du 80e anniversaire de la bataille de France et des combats menés par le colonel Charles de Gaulle à Montcornet, le Département de l’Aisne organise une grande journée de commémoration le 17  mai 2020. Cet événement d’envergure nationale inaugurera le cycle mémoriel de 5 ans consacré à la Seconde Guerre mondiale dans l’Aisne.

Commémorer, c’est se souvenir ensemble afin d’éviter de réitérer les erreurs passées.

Commémorer, c’est rendre hommage à nos aïeuls qui se sont battus pour notre pays, nos valeurs, notre patrimoine et notre liberté.

Commémorer, c’est sensibiliser les plus jeunes à notre histoire nationale et leur permettre de mieux comprendre notre monde.

Aussi, le Conseil départemental invite tous les Axonais à s’investir et à participer à ces grands moments de commémoration collectifs auxquels s’associent communes, musées, associations, écoles, collèges de l’Aisne… 2020 une année de commémorations… 80 rendez-vous dans l’Aisne. Spectacles et reconstitutions, théâtre, visites, cérémonies, expositions, ciné-débats, conférences…

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