Jean Mermoz, l’Archange de l’Aéropostale

Pilote de tous les records, surnommé l’Archange, Jean Mermoz a marqué l’histoire de l’aviation française. Envolez-vous avec lui, depuis l’Aisne jusqu’à Santiago du Chili, sur les lignes mythiques de l’Aéropostale !

De l’enfant d’Aubenton…

C’est à Aubenton, près d’Hirson, que naît Jean Mermoz le 9 décembre 1901. Après la séparation de ses parents, il est mis en pension chez ses grands-parents maternels. Élève à l’école professionnelle d’Hirson, il se révèle déjà passionné par la mécanique. 

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate. Devant l’avancée des troupes allemandes, la famille part se réfugier en Auvergne, mais sans Gabrielle, la mère de Jean, qui est introuvable. Réunis en 1917, mère et fils partent s’installer à Paris. Après avoir échoué au baccalauréat, le jeune homme décide de s’engager dans l’aviation pour quatre ans, sur les conseils d’un ami de sa mère. Il rejoint donc l’école militaire d’Istres et obtient son brevet de pilote, en février 1921. Voler est désormais son unique désir et il rejoint la 7e escadrille du 11e régiment de bombardement à Metz.

▲ Jean Mermoz devant le Bernard 80 © D.R. / Coll. musée de l’Air et de l’Espace - Le Bourget - MA 7743

…jusqu’au pilote intrépide

En 1922, Jean Mermoz est envoyé en Syrie. Le pilote est d’abord basé à Beyrouth, puis à Saïda. Il y découvre des paysages à la beauté âpre, loin des champs de l’Aisne. Malgré son dégoût pour la vie militaire, il se porte fréquemment volontaire pour des missions dangereuses. 

C’est ainsi qu’en mars, il est envoyé en mission au-dessus d’Homs, entre Damas et Alep. La météo, exécrable, l’oblige à dévier sa route. À cours d’essence, il se pose en catastrophe en zone rebelle. Sans eau ni nourriture, il marche, accompagné de son mécanicien, durant quatre jours et quatre nuits avant de s’effondrer. Par chance, des méharistes leur portent secours et les aident à regagner leur base.

▲ © Monde et Caméra / Coll. musée de l’Air et de l’Espace - Le Bourget   Inv. 2006/1/470

De nouveaux horizons avec l’Aéropostale

Démobilisé en 1924, Jean Mermoz traverse une période difficile et enchaîne les petits boulots. Au même moment, les lignes Latécoère cherchent à établir une liaison entre Toulouse et Casablanca. Mermoz postule, mais n’obtient qu’un poste de mécanicien pour avoir fait de son examen d’embauche un numéro d’acrobaties aériennes. Il est ensuite rapidement affecté à la ligne Toulouse-Barcelone, aux commandes du mythique Bréguet 14. Cette ligne ne tarde pas à s’étendre jusqu’au Sénégal.

En parallèle, de nouveaux défis attendent les pilotes de l’Aéropostale, avec la création de routes vers l’Amérique du Sud. Il s’agit cette fois de relier Toulouse à Rio de Janeiro, puis à Santiago du Chili à bord d’avions Salmson 2. Le 12 mai 1930, Jean Mermoz et son équipe parviennent à rejoindre Natal en vingt-et-une heures à bord d’un hydravion Laté 28-3. C’est la première liaison aérienne postale au-dessus de l’Atlantique sud ! Pilote rebelle et aviateur reconnu, il est nommé Commandeur de la Légion d’honneur en 1934.

Le 7  décembre 1936, Jean Mermoz et son équipe s’envolent à bord de l’hydravion La-Croix-du-Sud. Quelques heures plus tard, un message laconique est adressé à la tour de contrôle : « Coupons moteur arrière droit ». Durant cinq jours, des recherches sont entreprises au large du Sénégal pour retrouver l’équipage, sans résultat. Ses proches, comme le public, ne peuvent croire à sa mort. Les jours passant, l’espoir s’amenuise. Les drapeaux de la Compagnie Air France sont mis en berne. Le 30 décembre, des funérailles nationales sont organisées aux Invalides, en présence de nombreux membres de l’aviation civile et militaire.

Encore aujourd’hui, personne ne sait ce qu’il advint du célèbre pilote et de La-Croix-du-Sud…

▲ © Association Mermoz Aubenton

Mermoz, un héritage international

Après sa disparition, Jean Mermoz a inspiré de nombreux hommages à travers le monde. En France, il donne son nom à des bateaux, à l’aéroport de Grenoble, à une école de pilotes de ligne à Orly et à de nombreux établissements scolaires, dont un collège à Laon. En 1986, une plaque commémorative lui est dédiée à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. La même année, à Aubenton, son village natal, un musée est ouvert afin de perpétuer sa mémoire. Algérie, Québec, Chili, Brésil, Sénégal… Dans tous ces pays, le nom de Mermoz est aussi mis à l’honneur à travers des rues, des écoles, et des stèles. Un joli tour du monde, pour un pilote qui aurait voulu ne jamais descendre…

Gwennaëlle Massart ■

Jean Mermoz devant le Bernard 80 © D.R. / Coll. musée de l’Air et de l’Espace – Le Bourget   MA 7743

Retrouvez cet article dans Axone n°6