Lucile et Camille Desmoulins, les amoureux de la Révolution

Éperdument amoureux, Camille et Lucile Desmoulins font partie des couples mythiques de la Révolution française. Leur exécution, durant la Terreur, a achevé d’en faire des héros tragiques. Partez sur les traces du jeune révolutionnaire axonais et de son grand amour…

Où Lucile rencontre Camille

Au jardin du Luxembourg, Lucile Laridon-Duplessis se tient près de sa mère. Nous sommes au début des années 1780 et elle a tout juste une dizaine d’années. Issue d’un milieu bourgeois, l’enfant reçoit une éducation soignée, mais sans liberté. Dans son journal, elle raconte son ennui et rédige des histoires courtes. Toutefois, aujourd’hui s’annonce beaucoup plus intéressant…

Mme Duplessis est en grande conversation avec un jeune homme à l’air timide. En bégayant, celui-ci explique être avocat et chercher un protecteur financier. Il dit s’appeler Camille Desmoulins et être originaire de Guise, en Thiérache. Il a étudié au lycée Louis-le-Grand, à Paris, puis a obtenu une licence de droit. Lucile ne le sait pas encore, mais ce jeune homme de 20 ans va rapidement devenir un ami de la famille.

Portrait de Lucile Desmoulins
Portrait présumé de Lucile Desmoulins, épouse de Camille Desmoulins, par Louis-Léopold Boilly, (vers 1790 ) Musée Carnavalet, Wikimedia Commons

Une révolution et un mariage

1787 : Lucile a maintenant 17 ans. Camille Desmoulins continue de rendre des visites régulières au domicile des Duplessis, rue de Condé. Tous les deux s’entendent à merveille. En mars, le jeune homme la demande en mariage. Son père refuse : sa Lucile, mariée à un avocat sans le sou ? Non, pas question !

Deux ans plus tard, c’est la Révolution. Le 12 juillet 1789, après le renvoi de Necker, une foule en colère manifeste dans les rues de Paris. Camille se trouve dans les jardins du Palais-Royal. Oubliant sa timidité, le Guisard monte sur la table d’un café pour haranguer la foule. Il fait d’une cocarde verte le symbole de la liberté. Son discours est acclamé, la colère enfle jusqu’à devenir un soulèvement populaire. Le 14 juillet 1789, le peuple s’empare de la Bastille !

L’intervention de Desmoulins le rend célèbre dans les cercles révolutionnaires. L’année suivante, il lance son premier journal, Révolutions de France et de Brabant. Il remporte un grand succès et gagne enfin assez d’argent pour vivre. Dès que possible, il redemande la main de Lucile. Tous les deux se marient, enfin, le 29 décembre 1790, à l’église Saint-Sulpice. Parmi leurs témoins, se trouve un ami d’enfance de Camille : Robespierre !

Un bonheur sans nuage…

Lucile et Camille Desmoulins s’installent au 2, rue du Théâtre-Français. Le jeune député continue d’écrire ses articles. Il créé même un deuxième journal, La Tribune des Patriotes. De son côté, Lucile tient un salon où se croisent Antoinette-Gabrielle Danton et Guillaume Brune. Le 6 juillet 1792, elle donne naissance à un garçon, Horace. Les Desmoulins sont au comble du bonheur !

Durant ces années, Lucile continue de tenir son journal. Elle y raconte sa vie quotidienne, son bonheur avec Camille, les soirées avec les autres révolutionnaires. Danton ne pouvait s’empêcher de rire à ses côtés, tant elle se montrait à la fois espiègle et attachante. Malheureusement, elle perd toute raison de rire le 31 mars 1794 : Camille vient d’être arrêté et condamné à mort.

Portrait de Camille Desmoulins
Portrait de Camille Desmoulins, œuvre anonyme, Musée Carnavalet, Wikimedia Commons

… jusqu’à ce que la mort les sépare

En 1793, Camille avait créé un troisième journal, Le Vieux Cordelier. Dans ces pages, il revendiquait la liberté d’expression. Surtout, il s’opposait à la brutalité sanglante de la Terreur. Robespierre ne lui pardonna pas ses opinions modérées. Il fit arrêter Camille, en même temps que d’autres « Indulgents ». En prison, le journaliste écrivit une dernière lettre à sa femme : « « Les verrous qui me séparent de toi ont vaincu toute ma fermeté d’âme (…) Envoie-moi de tes cheveux que je les mette contre mon cœur. » Conduit à l’échafaud le 5 avril suivant, Desmoulins meurt en murmurant : « Lucile ! ».

Lucile, elle, est accusée d’avoir voulu faire évader son mari. Arrêtée à son tour, elle est également condamnée. Elle sera guillotinée, le 13 avril 1794, soit 8 jours après son mari. Aux juges, elle cria : « « Ô joie ! Dans quelques heures, je vais donc revoir Camille ! »

Lucile et Camille Desmoulins ont marqué l’histoire de France, tant par leur histoire d’amour que par leurs engagements pour la liberté et l’égalité. À Guise, dans le nord de l’Aisne, une statue et un musée rendent hommage au jeune révolutionnaire.