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Le château-fort de Guise, 1 000 ans d’Histoire

Article publié dans Axone n°10 – décembre 2021
Dominant la vallée de L’Oise depuis un éperon rocheux, le château de Guise est une silhouette indissociable de la Thiérache. Du haut Moyen Âge jusqu’à la Première Guerre mondiale, il s’est trouvé au cœur de l’histoire du royaume de France. Direction le nord de l’Aisne, pour explorer un site millénaire…

Le passé tumultueux du château-fort de Guise

Du château-fort médiéval…

La première mention du château remonte au Xe siècle, à l’époque où la famille de Guise était vassale des comtes de Vermandois. En 1177, il est assiégé par les comtes de Flandres et de Hainaut et subit d’importants dommages. Il est réparé sur l’ordre du roi Philippe-Auguste, qui le transforme en forteresse royale. Le donjon a été construit, ou restauré, un peu plus tard, vers 1223.

Durant la guerre de Cent Ans, les habitants des environs s’y réfugient pour échapper aux troupes anglaises. L’édifice est attaqué plusieurs fois, notamment par Jean de Hainaut, partisan d’Édouard III d’Angleterre, en 1340. En 1360, le domaine passe à la famille d’Anjou.

En 1424, ce sont Jean Potron de Xaintrailles et Étienne de Vignolles, compagnons d’armes de Jeanne d’Arc, qui viennent s’y abriter. Malheureusement, Jean de Luxembourg s’empare de la place en 1425. Cinq ans plus tard, il capture Jeanne d’Arc et la vend aux Anglais pour 10 000 livres. Devenu comte de Guise, il emploie cet argent pour faire aménager le château. Le domaine revient finalement à la famille d’Anjou à travers Charles V, qui mène à son tour une série de travaux, entre 1457 et 1463.

… à la forteresse militaire

En 1536, les troupes de Charles Quint s’emparent du château-fort, alors possession de Claude de Lorraine. Le Duc le reconquiert la même année et entreprend de le transformer en citadelle à partir de 1540. Il opte pour un système bastionné, déjà expérimenté au Havre. La forteresse de Guise devient l’une des places-fortes militaires les plus modernes du pays, se déployant sur 17 hectares dont 4 de douves. Elle devient imprenable !

Les guerres de Religion font alors rage dans tout le royaume. Le développement des idées protestantes en Europe mène à des affrontements sanglants, dont le massacre de la Saint-Barthélémy, en 1572. Fervent opposant à la Réforme, Charles 1er de Guise prend la tête de la Ligue catholique. Il se heurte au roi Henri IV, qui assiège le château en 1594. Vaincu, il doit se soumettre à l’autorité royale.

Au XVIIe siècle, l’incroyable modernité de cette citadelle va attirer l’attention du marquis de Vauban, le plus célèbre architecte militaire du royaume. Celui-ci projette une série de rénovations, dont le remblayage intérieur et le renforcement des ouvrages défensifs. Il confie la direction du chantier à l’ingénieur Rivière et fait du château de Guise une nouvelle place-forte pour Louis XIV.

Renaître de ses cendre

1914. Sur les bords de l’Oise, la forteresse de Guise, transformée en caserne, bloque pour un temps l’avancée des troupes allemandes. À la fin de la guerre, quatre ans plus tard, l’artillerie a causé des dégâts irréparables : seuls le donjon et l’enceinte sont encore debout. Les ruines sont vendues en 1923 par le ministère des Armées. Elles deviennent une carrière de pierre, puis une décharge publique, bien que le donjon ait été classé monument historique en 1924.

L’ancien château sort de sa torpeur en 1952, lorsque Maurice Duton fonde le Club du Vieux Manoir. Cette association de bénévoles cherche alors à offrir des loisirs de plein air aux adolescents et décide de se consacrer à la sauvegarde et à la restauration du site. En 1956, un premier musée historique voit le jour, puis, en 1968, la commune confie l’entretien et l’animation de ce site exceptionnel au Club.

À l’intérieur du château-fort de Guise

L’Arsenal

Endommagé pendant la Guerre de 14-18, ce bâtiment a rempli de nombreux usages, du stockage du grain jusqu’au casernement de soldats. Ses dimensions sont imposantes, avec pas moins de 8 étages. Au rez-de-chaussée, le cellier est composé de deux salles voûtées de 53 mètres de long sur 11 mètres de large. Par sa taille, l’Arsenal donne un aperçu de l’importance de l’ancienne forteresse militaire.

Le donjon

Dominant la ville de Guise, le donjon est l’espace central du site. À l’époque médiévale, cette grosse tour servait à la fois de résidence et de bâtiment défensif. Elle compte trois étages, reliés par des escaliers et alimentés par un puits. Au rez-de-chaussée, la salle basse servait de grenier. Les niveaux supérieurs, dotés de cheminées, étaient des espaces de vie. Ses murs, en grès des Ardennes, comportent de nombreuses embrasures servant à tirer sur les ennemis. Actuellement, le donjon mesure 24 mètres de haut, pour 55 mètres de circonférence.

Les bastions du XVIe siècle

Le bastion de la Haute-Ville

Construit à la demande de Claude de Lorraine, cette galerie d’escarpe de 110 mètres de long protège l’entrée de la forteresse, prenant appui sur la muraille médiévale existante. En brique, elle comprend 24 créneaux de fusillades et des cheminées d’aération. Son architecture, typique de la Renaissance, en fait l’un des éléments les plus remarquables du site.

Le bastion de l’Alouette

Avec ses remparts hauts de 48 mètres, ce bastion assurait la protection des portes d’entrée et de secours. À l‘intérieur, se trouvent deux casemates de 84 m2. L’une d’entre elles, spécialement réaménagée, accueille un musée archéologique. Ses collections retracent l’histoire passionnante et mouvementée du château !

Le bastion de la Charbonnière

Également en brique, ce bastion protégeait le rempart sud. Il abrite une grande casemate d’artillerie pouvant contenir deux canons et près de 40 hommes. Par un couloir, on pouvait accéder à une autre petite casemate, située au pied des remparts. Un escalier vertigineux la reliait à ces derniers.

La collégiale Saint-Gervais et Saint-Protais

Une chapelle médiévale est à l’origine de cette église, plusieurs fois reconstruite et agrandie. Au XVIe siècle, elle était si vaste qu’elle pouvait contenir environ 300 personnes. Un cimetière et un cloître complétaient le site, témoignant de son importance dans les environs. Au début du XIXe siècle, l’édifice fut détruit, avant d’être redécouvert par le Club du Vieux Manoir lors de fouilles archéologiques.

Impressionnant par son architecture et son histoire, le château-fort de Guise est l’un des plus beaux sites de Thiérache. Pour en savoir plus sur l’ouverture au public, les animations culturelles ou l’organisation des camps-chantiers-patrimoine, vous pouvez contacter le Club du Vieux Manoir.

Magazine Axone numéro 10
Retrouvez cet article dans Axone n°10 – décembre 2021
Photo de l’article : ©Shutterstock

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