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Émile Dewoitine, pionnier de l’aéronautique moderne

Article publié dans Axone n°12 – décembre 2022
Connaissez-vous Émile Dewoitine ? À Toulouse, berceau de l’aéronautique, il est considéré comme une figure incontournable, tandis qu’ici, dans son Aisne natale, il est pratiquement inconnu. Pourtant, cet ingénieur de génie mit au point des dizaines d’avions, civils et militaires, durant la première moitié du XXe siècle. Partez sur les traces d’un avant-gardiste intransigeant et déterminé qui révolutionna le monde de l’aviation !

Émile Dewoitine, la passion de l’aviation

Émile Dewoitine naît à Crépy le 26 septembre 1892. Durant son enfance, il s’intéresse au vol des oiseaux et construit des planeurs en modèle réduits. Après des études à Reims, il entre à l’École Bréguet, à Paris. Cependant, il quitte celle-ci avant l’obtention de son diplôme pour rejoindre l’aviation militaire.

En 1911, il effectue son service militaire et effectue son baptême de l’air. Il devient sapeur-aérostier, puis mécanicien avion. Il participe ensuite à des missions en Algérie et en Tunisie avec l’escadrille saharienne. C’est là qu’il invente l’Aérosable, aussi appelé la Sauterelle, un véhicule capable de se déplacer rapidement dans le désert. À la fin de son service militaire, en 1914, il est aussitôt mobilisé pour la guerre.

De la Russie à Toulouse

En 1915, il est envoyé sur le front russe, à Odessa. Il y dirige la production de bombardiers Voisin. Lorsque la Révolution d’Octobre éclate, en 1917, il revient en France. Là, la Direction de l’Aéronautique refuse de le renvoyer au front, préférant l’affecter comme chef de fabrication chez Latécoère, à Toulouse.

Dewoitine est chargé de mettre en place les lignes de production des Salmson 2 A2, des biplans de reconnaissance. Entre juillet 1917 et décembre 1918, il contribuera à produire plus de 1 000 appareils ! Démobilisé, il démissionne de chez Latécoère en 1920 et fonde la Construction Aéronautique Émile Dewoitine (CAED). 

Émile Dewoitine et la course à l’innovation

À Toulouse, l’effervescence autour de l’aviation ne faiblit pas. À la tête de son propre bureau d’études, Dewoitine met au point un premier chasseur, le D1, dont le vol d’essai est un succès. En 1931, son D33, appelé Trait D’Union, est le premier à franchir le cap des 10 000 km en circuit fermé, sans ravitaillement.

Vers 1930, l’industriel se penche aussi sur les plans de chasseurs monoplans. Il en sortira plusieurs modèles, dont le D520, capable de rivaliser avec la Luftwaffe allemande. Au total, il mettra au point 31 brevets d’inventions et 35 avions différents, rien qu’entre 1922 et 1940 ! Cette frénésie l’amène à aménager un hall de montage spécifique. Celui-ci sera à l’origine de l’usine Saint-Éloi, aujourd’hui l’un des sites phares du groupe Airbus !

Les déboires de la Seconde Guerre mondiale

En 1940, Dewoitine part aux États-Unis pour collaborer sur un projet d’avions de chasse. Il est rappelé en France par le gouvernement de Vichy et emprisonné. Acquitté, il est libéré en 1941, mais, craignant de nouvelles poursuites, il déménage à Paris, en zone occupée. Il travaille alors en lien avec la SIPA (Société Industrielle Pour l’Aéronautique), mais celle-ci est réquisitionnée par les Allemands. Ce revers lui vaudra d’être accusé d’intelligence avec l’ennemi au moment de la Libération.

Dewoitine est condamné par contumace en 1948. Entre-temps, il s’est exilé en Espagne, puis en Argentine. Il y achève la conception du D700, le premier avion à réaction d’Amérique latine. Ne parvenant pas à relancer durablement son activité, il se rend en Patagonie, où il acquiert un élevage de moutons. Acquitté en 1953, il ne revient vivre en France, à Toulouse, qu’en 1975.

À la fin de sa vie, Émile Dewoitine est plusieurs fois invité d’honneur de manifestations d’aéromodélisme. Il devient également le parrain d’une promotion d’étudiants en aéronautique. Entré dans l’histoire de l’aviation française, il s’éteint le 5 juillet 1979.

Magazine Axone n°12
Retrouvez cet article dans Axone n°12 – décembre 2022
Photo de l’article : ©Gallica.bnf.fr / BnF – Planeur Dewoitine au concours d’avions sans moteur – 1922 | Portrait d’Emile Dewoitine : fonds André Cros, conservé par les archives municipales de la ville de Toulouse

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