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Henri Martin, historien romantique

Article publié dans Axone n°11 – mars 2022
Écrivain, historien, essayiste : Henri Martin a marqué le xixe siècle de son érudition. Il a signé l’un des ouvrages les plus diffusés de son époque, L’Histoire de France, auquel il consacra près de vingt ans. Retrouvez le portrait de ce Saint-Quentinois, devenu membre de l’Académie française.

Henri Martin, la passion de la littérature

Bon-Louis-Henri Martin naît à Saint-Quentin le 20 février 1810. Dans son enfance, il a accès à une large bibliothèque, qui lui donne le goût de l’Histoire et des Belles-Lettres. Son père, juge au tribunal civil de la ville, le destine à une carrière de notaire. Après des études au collège de Saint-Quentin, le jeune homme devient clerc de notaire dans un cabinet du quartier de la Sorbonne, à Paris.

Dans la capitale, il retrouve son ami Félix Davin, également originaire de l’Aisne. Ensemble, ces deux amateurs de poésie rédigent leurs premiers textes. En 1830, ils publient même un roman à quatre mains, Wolfthurm, ou la Tour du loup. Celui-ci s’inscrit dans la mouvance du Romantisme, porté à cette époque par Victor Hugo, ou Théophile Gautier. Grâce à Davin, Henri Martin fait la connaissance de Paul Lacroix, dit le Bibliophile Jacob. Ce dernier possède justement plusieurs magazines, dont Le Mercure du xixe siècle et Le Gastronome. Le jeune homme commence à écrire des textes divers pour gagner sa vie grâce sa plume et convaincre ainsi son père de le laisser abandonner le notariat.

Les premiers écrits

Entre 1830 et 1835, Henri Martin rédige, et rédige encore, pour des magazines, des revues littéraires et des recueils. Il écrira même des articles pour La Mode et Le Journal des Demoiselles ! Il publie plusieurs textes personnels, comme Gad le Forgeron, ou La Vieille fronde. En parallèle, il se passionne pour les légendes, d’ici ou d’ailleurs, et se lance dans l’apprentissage des langues orientales. En 1831, il épouse la fille d’un commerçant de Saint-Quentin, avec laquelle il aura deux fils. Le ménage n’est pas riche, et l’apprenti-écrivain travaille dur, mais le quotidien reste difficile.

L’année suivante marque le tournant de sa carrière. L’éditeur Alfred Mame s’adresse au Bibliophile Jacob pour obtenir un ouvrage de référence sur l’Histoire de France. Celui-ci imagine une reprise des travaux de différents historiens, liés ensemble par des transitions inédites. Il confie le projet à Henri Martin, qui se montre d’abord hésitant, puis accepte. Son Histoire des Gaulois paraît en 1833. C’est le début d’une aventure qui l’occupera jusqu’en 1854 !

L’Histoire de France, l’œuvre d’une vie

L’Histoire des Gaulois est rapidement réimprimé et devient le premier tome de L’Histoire de France. Les volumes portèrent d’abord le nom de Paul Lacroix, qui en supervisait la conception ; celui d’Henri Martin ne commença à apparaître qu’au bout du 13e volume. Une nouvelle édition vit le jour, cette fois-ci avec des illustrations, puis encore une autre, complètement refondue. Henri Martin réécrit, transforme et annote en continu. En 1867, il achève une version abrégée en sept volumes. Deux ans plus tard, il obtient le Premier Prix de l’Académie française pour son travail.

Cependant, l’approche scientifique d’Henri Martin n’est pas exempte de défauts. Ses textes sont parfois approximatifs, ou teintés de préjugés. Reste qu’il donne une impulsion certaine aux études archéologiques et anthropologiques, particulièrement dans le domaine celtique. Il introduit également de grandes figures, comme Vercingétorix, ou Jeanne d’Arc, aux côtés des récits des dynasties royales. Au final, il y synthétise ce qui fait son style personnel, mélange de poésie et de rigueur.

La carrière académique et politique d’Henri Martin

Henri Martin mena d’autres projets, en parallèle de son activité littéraire. En 1848, il fut chargé par Sadi Carnot, alors ministre de l’Instruction publique, d’assurer un cours à la Sorbonne sur l’histoire diplomatique de la Révolution. En 1870, il siégea au sein de la Commission de l’Enseignement communal, puis, l’année suivante, il fut élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques dans la section d’histoire générale et philosophique. Sept ans plus tard, il obtint un fauteuil au sein de l’Académie française, qui vint couronner sa carrière d’écrivain.

Il s’investit également en politique et devint maire du xvie arrondissement de Paris en 1870, fonction qu’il occupera à nouveau entre 1880 et 1883. La même année, il est élu député de l’Aisne et de la Seine, mais choisit de ne représenter que son département natal. Enfin, il fut l’un des fondateurs de la Société des gens de lettres, ainsi que de la Ligue des patriotes, dont il fut aussi le premier président. Il meurt à Passy, en région parisienne, le 14 décembre 1883 et est enterré au cimetière de Montparnasse, à Paris, quelques jours plus tard.

Henri Martin est finalement devenu l’une des figures discrètes de cette Histoire à laquelle il a consacré sa vie. Aujourd’hui, un lycée de Saint-Quentin porte son nom, de même qu’une avenue parisienne. D’ailleurs, aviez-vous remarqué que cette avenue Henri-Martin apparaissait sur le plateau du Monopoly ?

Magazine Axone numéro 11
Retrouvez cet article dans Axone n°11 – mars 2022
Photo de l’article : ©Gallica.bnf.fr

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