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L’ordre des Prémontrés dans l’Aisne

Article publié dans Axone n°10 – décembre 2021
Cet ordre de chanoines réguliers, créé au Moyen Âge, s’est d’abord établi dans l’Aisne. Forts de plusieurs abbayes, dont celles de Prémontré et de Laon, ils sont restés présents sur le territoire jusqu’au xviiie siècle. Cependant, leur influence s’est étendue bien au-delà du royaume de France, dans tout le monde chrétien occidental. Remontez le temps 900 ans en arrière pour découvrir leur histoire.

À la rencontre des Prémontrés

La naissance de l’Ordre

L’Histoire de l’Ordre des Prémontrés a débuté au début du XIIe siècle. L’évêque de Laon, Barthélémy de Joux, invite Norbert de Xanten au sein de l’abbaye Saint-Martin de Laon. Il souhaite que celui-ci l’aide à réorganiser son monastère, devenu trop laxiste. Norbert échoue dans sa mission, mais l’évêque lui accorde un terrain à « Presmontré », dans la forêt de Voas (Saint-Gobain), pour créer une nouvelle congrégation. En 1121, l’abbaye de Prémontré voit le jour.

Le prédicateur y accueille des chanoines réguliers, qui prennent alors le nom de Prémontrés, ou Norbertins. Une communauté de femmes et un tiers-ordre laïc s’y installent également. Au cours du Moyen Âge, l’Ordre va compter jusqu’à 400 abbayes, en Europe et jusqu’en Terre Sainte.

Au quotidien, les ecclésiastiques remplissent deux missions. La première est l’apostolat, c’est-à-dire l’intervention auprès des fidèles. Ils exercent donc comme missionnaires, ou comme prêtres dans les paroisses. Ils gèrent également des hôtelleries ou des aumôneries, au nom de l’Église. La seconde est la liturgie monastique, suivant la règle de Saint-Augustin. Vers la fin du XIIe siècle, les Prémontrés adoptent un rite particulier pour célébrer la messe. Il perdurera jusqu’en 1970.

Ils portent un habit et un scapulaire blancs, repris plus tard par l’ordre des Dominicains. Une robe avec surplis de lin et une chape de laine noire complètent leur tenue. L’hiver, durant les offices, ils portent l’aumusse, un capuchon de fourrure.

De l’âge d’or au déclin

Au cours des siècles suivants, les Norbertins sont confrontés aux conflits, dont la guerre de Cent Ans, et aux épidémies, comme la Peste noire. La Réforme protestante du XVIe siècle, et les remous de la Ligue catholique, vont les affecter durablement. Au XVIIe siècle, il ne reste plus que 197 abbayes prémontrées. En Lorraine, l’abbé de Sainte-Marie-au-Bois lance une réforme de l’ordre, qu’une quarantaine de communautés vont suivre.

Toutefois, les bibliothèques des Prémontrés, comme celle de Saint-Martin-de-Laon, vont, elles, connaître leur apogée au xviiie siècle. La présence d’ouvrages au sein des abbayes date des premiers temps de l’Ordre, qui n’a jamais cessé d’enrichir ses collections. Les livres sont notamment acquis lors des ventes de fonds prestigieux dont les propriétaires sont décédés. Si les chanoines bénéficient ainsi d’un accès privilégié à la connaissance, l’idée est aussi de pouvoir partager ce savoir avec les habitants des alentours.

La Révolution française marque un tournant capital pour les Prémontrés, avec la confiscation de leurs édifices, mis en vente en tant que biens nationaux. Contraints de quitter leur communauté, beaucoup choisissent de s’exiler, ou d’exercer comme curé.

En 1858, un moine trappiste, le Père Boulbon, fait renaître l’ordre en fondant une nouvelle abbaye à Frigolet, dans les Bouches-du-Rhône. Celle de Mondaye (Calvados) est rénovée plus tard par des frères prémontrés. Ces deux communautés sont aujourd’hui toujours actives.

Les Prémontrés dans l’Aisne

Berceau de l’Ordre, le territoire de l’Aisne a abrité 14 abbayes :

  • Saint-Yved de Braine
  • Saint-Pierre de Bucilly
  • Notre-Dame de Chartreuve
  • Saint-Nicolas de Clairfontaine
  • Notre-Dame de Cuissy
  • Sainte-Élisabeth de Genlis
  • Notre-Dame du Mont Saint-Martin
  • Notre-Dame de Thenailles
  • Notre-Dame et Saint-Ghislain de Valchrétien
  • Notre-Dame de Valsecret
  • Notre-Dame de Valsery
  • Notre-Dame et Saint-Quentin de Vermand
  • Saint-Jean-Baptiste de Prémontré
  • et Saint-Martin de Laon

Prestigieuses entre toutes, ces deux dernières sont des témoignages précieux de l’héritage laissé par ces religieux.

L’abbaye Saint-Jean-Baptiste de Prémontré

Fondée par Norbert de Xanten à Prémontré, dans l’actuelle forêt de Saint-Gobain, l’abbaye Saint-Jean-Baptiste est chef d’ordre. Elle a été consacrée en 1122, deux ans après sa création, par les évêques de Laon et de Soissons. Son influence s’est étendue sur toute l’Europe, du Moyen Âge à la fin du xviiie siècle.

L’abbaye est vendue en 1793, après l’expulsion des chanoines. Elle est transformée en verrerie et fournit du verre blanc et du verre à estampes. L’un des trois fours est réservé à la fabrication de bouteilles de Champagne. En 1855, l’évêque de Soissons se porte acquéreur du site et y installe un orphelinat. Sept ans plus tard, l’édifice est classé sur la liste des monuments historiques.

À son apogée, elle comprenait de nombreux bâtiments, dont les parties domestiques (ferme, caves, celliers…), les annexes (hôpital et infirmerie), des lieux dédiés à l’accueil des visiteurs et l’église. Celle-ci, aujourd’hui disparue, mesurait plus de 82 m de long, dont 40 m rien que pour le transept. De vastes jardins entouraient l’ensemble. Il ne subsiste, de nos jours, qu’environ un tiers des constructions d’origine, où se trouve maintenant un établissement public de santé mentale.

L’abbaye Saint-Martin de Laon

L’abbaye Saint-Martin trouve son origine dans une ancienne collégiale carolingienne. En 1113, Barthélémy de Joux en devient évêque, puis en 1124, l’abbaye est rattachée à l’ordre des Norbertins. Bien qu’elle ait été fondée après celle de Floreffe, en Belgique, (1121) et celle de Cuissy (1122), elle est désignée comme la première fille de Prémontré. Cette mise en avant tient sans doute au fait que Norbert y logeait juste avant la fondation de l’Ordre. Dès lors, elle va jouer un rôle de premier plan, grâce à la protection de l’évêque de Laon et celle du Roi.

Au XVIIe siècle, elle se dote d’un pavillon d’agrément et d’un palais abbatial. Celui-ci témoigne de l’élégance architecturale du Grand Siècle, avec son mélange de pierre et de brique et son toit d’ardoises bleutées. Plus qu’un édifice monastique, ce palais était un véritable hôtel particulier.

La bibliothèque de l’abbaye connaît une période florissante au cours du XVIIIe siècle. Afin de l’accueillir, l’ancienne salle capitulaire est rénovée et dotée de vastes étagères décorées. Une grande fresque est aussi réalisée au plafond, représentant les génies des Arts libéraux. Après la Révolution française, les bâtiments sont transformés en un Hôtel-Dieu, qui fermera ses portes en 1970. Ils abritent désormais le centre hospitalier, ainsi que la bibliothèque municipale Suzanne Martinet.

Magazine Axone numéro 10
Retrouvez cet article dans Axone n°10 – décembre 2021
Photo de l’article : ©Archives Départementales de l’Aisne Fig-3-VE-140-A13-FT-4_M230550

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