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Wolfsschlucht II, quand Margival abritait le quartier général d’Hitler

Article publié dans Axone n°12 – décembre 2022
Les bunkers du Wolfsschlucht II se dressent à Margival, près de Soissons. Ce quartier général, bâti pour Adolf Hitler, est un témoignage crucial de la Seconde Guerre mondiale dans l’Aisne. Un temps oublié, il est aujourd’hui patiemment rénové par des passionnés qui œuvrent à sa sauvegarde. Découvrez les 80 ans d’histoire de ce camp militaire unique en son genre.

Au cœur de la Seconde Guerre mondiale

Le 1er septembre 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate. L’Allemagne envahit les pays voisins, de la Pologne à la Norvège, en passant par les Pays-Bas et la Belgique. En mai 1940, c’est au tour de la France d’être mise en déroute. Le maréchal Pétain, à la tête du pays, demande alors un armistice, signé le 22 juin. Les soldats du IIIe Reich occupent désormais une large partie du territoire, incluant la Picardie et Paris.

En tant que commandant en chef des forces armées, Adolf Hitler se fit construire, en Allemagne et dans les pays conquis, vingt Führerhauptquartier, Quartiers Généraux du Führer. Plusieurs d’entre eux reçurent des noms relatifs au thème du loup, qu’il affectionne. C’est le cas, par exemple, du Wolfsschanze, « la Tanière du Loup », en Prusse-Orientale.

Le projet Wolfsschlucht II

Wolfsschlucht II, aussi appelé W2, sera l’un d’entre eux. En 1940, la construction de ce nouveau camp est planifiée pour accueillir les officiers en charge de l’invasion de la Grande-Bretagne. L’ensemble s’étend sur trois communes : Laffaux, Neuville-sur-Margival et Margival. Coïncidence ? Il se trouve tout près de l’endroit où Hitler combattit durant la Première Guerre mondiale, non loin de la Ligne Hindenburg.

Le site est choisi pour son emplacement stratégique. En effet, il se trouve à peu près à égale distance de Dunkerque, au nord, et du Havre, en Normandie. Surtout, il se situe dans une faille profonde, où passe la voie ferrée reliant Laon et Soissons. De là vient d’ailleurs son nom : Wolfsschlucht signifie « Le Ravin du Loup ». Dernier point déterminant, un long tunnel de 600 m se trouve à proximité. Or, celui-ci serait parfait pour abriter le Führersonderzug, le train spécial d’Hitler, en cas d’attaque.

Un chantier immense

Repoussée, la construction de W2 est finalement lancée en 1942. L’Organisation Todt, le groupe de génie civil et militaire du IIIe Reich, supervise le chantier. Au total, 475 bunkers sortent de terre, entourés par deux ceintures de protection faites de casemates et de cloches d’acier. Dans ces dernières, se trouvent des canons antichars, des systèmes de défense contre les avions et des mitrailleuses.

Plus de 22 000 hommes seront employés sur place. Certains sont des prisonniers, condamnés aux travaux forcés, mais la plupart ont été réquisitionnés pour le STO (Service de Travail Obligatoire). Quant aux habitants des environs, ils doivent s’en aller vivre ailleurs : les lieux sont désormais classés zone militaire allemande.

17 juin 1944 : Hitler se rend à Margival

Hitler ne passera finalement qu’une seule journée dans ce gigantesque complexe, le 17 juin 1944. Onze jours auparavant, les Alliés ont débarqué en Normandie. Devant l’inquiétude de ses maréchaux, le dictateur se déplace pour faire le point sur l’évolution du front.

La discussion est âpre. Hitler est persuadé que la véritable offensive alliée aura lieu dans le Pas-de-Calais. L’explosion d’une bombe V1 à proximité du camp et le survol d’escadrilles de bombardiers alliés le convainquent de quitter les lieux dans la soirée pour retourner en Allemagne. Un choix tactique lourd de conséquences !

26 août 1944 : sauver Paris !

Le 26 août, les opérateurs radio de W2 réceptionnent un ordre sans équivoque : « Brûlez Paris ! ». Le général von Choltitz n’en fait rien, aussi, de rage, Hitler exige que toutes les bombes V1 et V2 à proximité soient lancées sur la capitale. Ce dernier ordre est donné par téléphone au général Speidel, qui se garda de le transmettre, le jugeant « absurde ». L’Histoire a oublié cet épisode, mais c’est ici, à Margival, que Paris fût sauvé !

Margival après la guerre

En août 1944, devant l’avancée des forces alliées, les Allemands quittent Margival. Le 28 août, le camp est entièrement vide lorsque des soldats de la 3rd US Armored Division pénètrent à l’intérieur. Deux ans plus tard, il accueille l’École de Formation du Personnel Féminin de l’Armée de Terre pour l’Indochine. Cette nouvelle affectation prendra fin en 1954 et le camp passe aux mains de l’OTAN, qui y installe le Centre de Commandement Intégré NATO 2 jusqu’en 1966.

L’Armée française réinvestit les lieux à compter de 1967 et le transforme en Centre d’Entraînement Commando pour le combat urbain. Il accueillera aussi ponctuellement les colonies de vacances des enfants de militaires. Le départ des troupes, en 1990, marque son abandon définitif.

Magazine Axone n°12
Retrouvez cet article dans Axone n°12 – décembre 2022
Photo de l’article : ©Axone

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